MUSIQUE (Composition et histoire), AUTISME, NATURE VS CULTURE: Bienvenue dans mon monde et mon porte-folio numérique!

mercredi 1 octobre 2014

PARTITION GRATUITE: SUITE CELTIQUE, POUR HARPE

BABILLARD (mise à jour 21 octobre)


Jeudi 23 octobre. Je rencontre un groupe en éducation spécialisée à l’Université de Sherbrooke. Merci pour l’invitation à Andrée Desharnais.

Conférences en Ontario. Je donne une série de 3 conférences pour AutismOntario, durant laquelle je donnerai pour la première fois la conférence intitulée : La beauté étrange de l’esprit autistique, ou La Grande Conférence Naturelle. C’est une vision, disons, «scientifico-créative» dont le point essentiel est que l’autisme, chose mal nommée, est tout à fait naturel (Voir la page Mentorat en autisme et Conférences dans le menu à droite).
Donc: Conférence publique mardi 28 octobre, 18h30, à l'École Georges-Étienne-Cartier, Local 200, 250 chemin Gainsborough, Toronto. L'entrée est libre. Pour informations: Yvonne Danyluck, 1-800-472-7789, poste 240 ou Yvonne@autismontario.com
Conférence en Webinaire (sur Internet), mercredi 29 octobre, 19h00. L'inscription en ligne est obligatoire au http://webinaireantoineouellette.eventbrite.ca
Pour autres informations: Yvonne Danyluck, 1-800-472-7789, poste 240 ou Yvonne@autismontario.com
Conférence publique jeudi 30 octobre, au Centre de santé communautaire, 810, rue Main Est,
Welland. Pour informations: Chantal Mudahogora, 1-905-962-3988 ou chantal@autismontario.com


L'émission de télévision que j'ai enregistré à Genève (Suisse) pour Singularités et le canal Léman Bleu sera diffusée aux dates suivantes:
Jeudi 23 octobre, à 19h33 (heure de Genève). Diffusion à toutes les deux heures par la suite jusqu'au Vendredi 24 octobre 17h33. Autre diffusion: dimanche 26 octobre, 15h33. Autrement, l'émission sera disponible sur Internet via le lien suivant:
http://www.lemanbleu.ch/fr/Emissions/Magazine/Singularites/Singularite.html
J'en profite pour saluer Aurélien, Guillaume, Jean-Christophe et toute l'équipe: toutes mes amitiés à vous!
http://www.clairbois.ch/pages/79/ex-co-production-video-


PARTITION GRATUITE : 
SUITE CELTIQUE, POUR HARPE

Après une longue campagne, les Écossais ont finalement voté pour demeurer au sein du Royaume-Uni, à raison de 55% contre 45% en faveur de l’indépendance. La route démocratique vers ce référendum a été très bien balisée, depuis la clarté de la question posée, le relatif fair play des deux camps et le haut taux de participation. Bravo! Au Québec, nous avons vécu trois référendums (l’un pancanadien par lequel fut rejetée l’entente constitutionnelle de Charlottetown) et, surtout, deux portant sur la souveraineté du Québec. Le second, en 1995, s’était déroulé selon un scénario assez proche de celui de l’Écosse : même love-in du camp du Non, mêmes tactiques pour inspirer de la crainte économique en cas d’indépendance, mêmes promesses pour améliorer le sort du Mouton noir en cas de victoire du Non. Beaucoup avait été promis, larmes aux yeux, au Québec en 1995, mais rien n’a été livré (tout comme en 1980 d’ailleurs). Beaucoup a été promis à l’Écosse : la parole donnée sera-t-elle tenue? La Catalogne votera-t-elle pour son indépendance? Peut-être osera-t-elle faire ce que ni le Québec ni l’Écosse n’ont osé. 
Cornemusiers d'Écosse
Mais je crois qu’un peuple tient à son indépendance lorsqu’il a souffert, comme ces pays d’Europe de l’Est qui, après avoir subi le joug de l’URSS, ont profité de l’effondrement de cette dernière pour (re)prendre leur indépendance. De leur côté, Québec et Écosse connaissent trop bien le confort, l’aisance et, somme toute, une certaine liberté politique qui semble leur convenir tout compte fait, pour désirer vraiment faire l’indépendance.

Cela dit, la culture écossaise est de racine celte, ce qui m’amène à mon sujet principal et au cadeau que je vous offre en ce mois d’octobre qui est celui de ma fête, à savoir la partition gratuite de ma Suite celtique, opus 6, pour harpe!


SUITE CELTIQUE

Pour harpe, opus 6 (1983; révision : 1988 / 2014)
1. Prélude 
2. Barde 
3. Courante 
4. Légende  
5. Gigue lointaine 



Pour obtenir la partition: 
 https://www.dropbox.com/s/ughq56qsvhp912a/Suite%20celtique.pdf?dl=0
Pour écouter la Suite celtique:


Il me fait plaisir de vous offrir cette partition en PDF. Mais n'oubliez tout de même pas que cette pièce est: (C) Antoine Ouellette. Si elle est jouée en concert public payant, elle doit faire l'objet d'une déclaration SOCAN (SODRAC si elle est enregistrée). Si vous désirez une impression de calibre professionnel de la partition, je vous invite à contacter le Centre de musique canadienne à Montréal: 416, rue McGill, Montréal, QC, H2Y 2G1

T: +1 514-866-3477 / F: +1 514-866-0456 /  
quebec@centremusique.ca



Les origines familiales de la Suite celtique

Les apparences de la musique peuvent être trompeuses! Certaines gens croient ainsi que, parce que telle musique «sonne simple», elle est simple, dans sa facture ou dans la réflexion qu’elle a demandée. Quel mirage! C’est là bien peu connaître les mystères et les arcanes de la création artistique. La réalité est qu’une musique apparemment simple peut avoir nécessité beaucoup de méditation, de travail, de renoncements, de discipline, etc. Et justement, ma Suite celtique, peut-être mon œuvre la plus «simple» en apparence, est le fruit d’un travail des profondeurs. Je vous fais donc pénétrer un peu dans mon atelier intérieur, afin de vous conscientiser à ce que l’on n’entend pas nécessairement lorsqu’on écoute une pièce, bien confortablement installé…


Il est une personne qui, elle, ne l’a pas trouvée si simple, la Suite celtique : ma sœur Geneviève. Geneviève s’était acheté une belle harpe celtique, et j’ai eu l’idée de lui écrire quelques pièces «faciles». Hum… Peut-être qu’elle osera s’y attaquer un jour – il est vrai que sa carrière ne lui laisse pas tellement de temps libre pour jouer sa harpe. Dans un article précédent, je vous avais parlé de mon ancêtre parisien, René, venu au Canada au 17e siècle pour Dieu seul sait quelle raison. Mais je ne suis pas «un pur-sang canadien-français». Comme bien d’autres gens, je suis un métis en quelque sorte, car mon arrière-grand-père paternel, lui, est venu d’Irlande. Sa raison est limpide : sa famille a fui la grande famine qui s’est abattue sur l’île verte au 19e siècle. C’était un Morrin – prononcez : Mowrînne, avec un fort accent. Issu d’une famille farouchement catholique, il s’est fait un délicieux plaisir de faire un pied-de-nez aux Britanniques d’ici en apprenant le français et en s’intégrant à la communauté canadienne-française! Un jour, lors d’un repas en famille, sa petite fille, la sœur de mon père, âgée de quelques années à peine, s’est choquée contre son père et a brandi un couteau à steak en menaçant de le poignarder. Tout fier, l’Ancêtre Morrin s’était alors exclamé : «Wow! Une vraie Irlandaise, la petite!». Je ne suis pas violent; je suis gentil, patient, doux, à l’écoute, mais je vous confesse que cet héritage rebelle vit très fort en moi. Encore une fois, il ne faut pas nécessairement se fier aux apparences. D’une certaine manière, la Suite celtique est une œuvre rebelle, mais pas dans le sens conventionnel. Par contre, on y trouvera sans peine un écho de la sensibilité celte : fascination pour le mystère, les paysages brumeux, les légendes teintées de surnaturel.



Les origines médiévales de la Suite celtique
Château de Balmoral, Irlande
J’ai rapporté cet événement marquant dans Musique autiste. Lorsque j’ai commencé à étudier la musique à l’université en 1982, j’ignorais presque tout de la musique médiévale. Mais voilà, la vie étant ce qu’elle est, la première rencontre du cours d’histoire de la musique du Moyen âge allait me réservait une surprise de taille. Pour nous accueillir au local, la prof a fait jouer un disque de l’Ensemble Venance-Fortunat intitulé Le mystère de la Résurrection. Dès les premières notes, j’ai été saisi, illuminé. Le choc dépassait largement celui de la nouveauté. La première pièce du disque était un bref organum à deux voix, une composition anonyme du XIIe siècle sur la mélodie grégorienne Benedicamus Domine. Cette pièce ne ressemblait pas du tout aux musiques qui me passionnaient alors, et voilà que cette minute et demi de musique provoqua en moi un bouleversement comme je n’en avais jamais connu! Les musiques que j’aimais tant jusque-là ont pâli, comme en un cataclysme instantané, irréversible et totalement imprévisible.


Croix celtique (Irlande)
Pris d’une passion à la manière Asperger, j’ai dès lors voulu non seulement tout savoir mais pratiquer cette musique. Je me suis donc joins au Chœur grégorien de Montréal que dirigeais Jean-Pierre Pinson. Quelques années plus tard, j’allais moi-même diriger cette musique merveilleuse. Mais le petit organum de même que le grégorien ont aussi été une révélation pour la composition : ces musiques m’ont aidé à mieux discerner ce que je cherchais. Certains éléments du grégorien trouvaient en moi un écho profond : le diatonisme (j’y reviens : c’est important), le caractère monodique (mélodie pure, sans accompagnement), la pensée modale, le rythme non pulsé et non mesuré, la résonance du son. Le chant grégorien date d’une époque où les églises étaient construites en pierres, ce qui leur conférait une acoustique réverbérante où le son vit pleinement. Le grégorien ne nécessite pas d’accompagnement car la résonance du lieu fait que la mélodie s’accompagne elle-même. C’est dans cet esprit que j’utilisais déjà la résonance. Par exemple, au piano, je demande que l’on tienne longuement la pédale forte. Dans L’Esprit envoûteur, j’emploie des percussions comme le vibraphone, les cymbales suspendues et les tam-tams («gongs») pour prolonger les notes des autres instruments et créer des halos de résonance les entourant.


Un paysage mystérieux d'Irlande
Au moment même où je tâtonnais en direction de la musique atonale (j’avais toujours 100% en solfège et en dictée atonales!), la musique médiévale allait providentiellement m’empêcher de suivre cette voie académique et usée. J’ai donc aussitôt délaissé la Fantaisie atonale pour piano sur laquelle je travaillais. Si j’avais terminé cette pièce et que certains «amis» l’auraient entendue, ils se seraient réjouis : «Quelle modernité! Bravo Antoine!». Ils m’auraient accueillis comme l’un des leurs, un de ceux qui «inventent» la musique (sic!). Mais moi, je savais que de modernité il n’y en a plus en cette voie. Et que le bon accueil que j’aurais pu trouver aurait tari ma source intérieure pour un bout de temps. Le choc de la musique médiévale a ainsi précipité la cristallisation de mes tendances profondes.


La mer et les falaises d'Irlande
Rompant avec le dogme du chromatisme, j’ai adopté le diatonisme. Qu’est-ce que le diatonisme? Il en existe différentes définitions dont celle-ci que j’adopte : une pièce diatonique utilise exclusivement les notes d’un mode, à l’exclusion de toutes autres notes. Une pièce diatonique est donc construite sur un nombre limité de sons. Le chant grégorien procède ainsi, comme la musique classique de l’Inde et aussi plusieurs musiques du monde. Le fait de composer une pièce à partir de peu de sons rejoignait aussi la focalisation de l’esprit Asperger : explorer un fragment, un intérêt précis, découvrir un univers immense dans ce qui pour d’autres n’apparait être qu’un détail. C’est un peu comme peindre en camaïeu, avec différents tons d’une seule et unique couleur – Dali a peint des toiles grands formats, d’une virtuosité époustouflante, avec trois couleurs seulement. En musique, on obtient ces différents tons d’une même couleur en en jouant avec le rythme, la respiration, le silence, la résonance : il est alors toujours possible de créer une infinité de formes avec un nombre limité de sons. Face aux innombrables possibilités qui s’offrent désormais aux compositeurs, cette «contrainte volontaire» représente un défi considérable mais très stimulant pour moi, et très satisfaisant. Au diable ces harmonies biscornus qui ressemblent à des cocktails multicolores : vivre plutôt l’eau de source, froide, limpide, minérale, désaltérante! 



Ma première pièce diatonique fut le Cantique des créatures en 1982. Cette pièce chorale sur le texte célèbre de saint François d’Assise sera par la suite intégrée aux Symphonies sacrées (quatre motets pour chœur a cappella), opus 24. J’ai composé la Suite celtique l’année suivante, en 1983, et j’ai apporté des petites retouches en plusieurs occasions dans la partition, cela jusqu’en 2014 alors que j’en achevais l’édition. Ouf! La Suite celtique se caractérise donc par un «diatonisme intégral» : elle n’utilise que l’échelle donnée par les notes ré, mi bémol, fa, sol, la, si bémol et do.



La Suite celtique a été un point de départ. Si son aspect harmonique n’est pas conventionnel, sa rythmique l’est davantage. La Suite fait alterner des pièces rapides et des pièces lentes, mais le rythme y demeure souple et les tempos soumis à plusieurs fluctuations. Tout de même, il s’agit essentiellement d’un rythme mesuré. Or, un autre aspect des musiques modales diatoniques est leur grande liberté rythmique : on y trouve, oui, des rythmes mesurés francs mais aussi des rythmes échappant à toute mesure voire même à toute pulsation clairement établie. Dans certaines de mes premières pièces, j’avais déjà utilisé de tels rythmes, mais ils se retrouvent peu dans la Suite, peut-être parce que inconsciemment j’y cherchais d’abord à maîtriser le diatonisme. 
C’est en composant Paysage, pour quatre pianos que je réussirai finalement le mariage du diatonisme radical et de la diversité rythmique. J’ai terminé Paysage en 1987 : si l’œuvre sonne «évidente», elle met en jeu des modulations rythmiques et des superpositions rythmiques vraiment riches! Mais combien de fois en ai-je réécrit les premières minutes pour enfin obtenir ce que je désirais!!! Depuis, mon métier, ma technique ont mûris, se sont épanouis et j’ai gagné en rapidité d’exécution, quoique je me considère comme un «compositeur qui prend son temps». Et pour cause : le temps, c’est de la musique.

Source des images (cornemusiers écossais, paysages d'Irlande, croix celtique, harpistes...): Wikipédia